Ressentir une odeur de friture, de brûlé, de moisi ou d’une autre senteur sans source identifiable peut être déstabilisant. En médecine, ces perceptions olfactives anormales sont fréquentes et le plus souvent bénignes, mais elles nécessitent parfois une évaluation. Cet article explique les termes, les causes possibles, les signes d’alerte, les examens envisagés et les options de prise en charge.
Terminologie utile
Quelques mots reviennent souvent en consultation et aident à préciser le symptôme :
- Phantosmie : perception d’une odeur en l’absence de stimulus olfactif réel (une « odeur fantôme »).
- Parosmie : déformation de la perception d’odeurs réelles (un parfum familier qui apparaît dénaturé ou écœurant).
- Cacosmie : perception systématiquement désagréable, souvent décrite comme putride ou de brûlé.
- Anosmie : perte partielle ou totale de l’odorat.
Causes fréquentes et mécanismes
Les phantosmies ont des origines variées, que l’on peut classer en causes périphériques (liées au nez et aux voies nasales) et causes centrales (liées au système nerveux central).
Causes périphériques :
- Infections virales des voies respiratoires supérieures, y compris la COVID-19, qui peuvent endommager temporairement l’épithélium olfactif. C’est l’une des causes les plus courantes depuis la pandémie.
- Inflammation naso-sinusienne (sinusite, rhinite) ou présence de polypes qui altèrent la transmission des signaux olfactifs.
- Exposition à des irritants ou toxiques (solvants, fumées) et consommation de tabac.
- Médicaments : certains antibiotiques, antihypertenseurs ou psychotropes peuvent modifier l’odorat.
Causes centrales :
- Traumatismes crâniens causant une lésion des nerfs olfactifs ou de la lame criblée.
- Activité épileptique focale, en particulier au niveau du lobe temporal, qui peut provoquer des hallucinations olfactives brèves avant une crise.
- Maladies neurologiques dégénératives ou, plus rarement, tumeurs cérébrales situées dans les régions olfactives ou temporales.
Signes d’alerte à ne pas ignorer
La plupart des phantosmies ne sont pas liées à une maladie grave, mais certaines combinaisons de symptômes justifient une consultation urgente :
- Apparition soudaine d’odeurs fantômes associée à des céphalées intenses, vomissements ou troubles de vigilance.
- Signes neurologiques focaux : faiblesse, engourdissement unilatéral, troubles de la parole, perte de vision partielle.
- Crises convulsives ou sensations épileptiformes (déjà vécues ou suspectées).
- Phantosmies persistantes et invalidantes sans amélioration après quelques semaines de prise en charge nasale initiale.
Parcours médical recommandé
Voici les étapes habituelles pour explorer une odeur fantôme :
- Recueil précis de l’anamnèse : date d’apparition, caractère continuel ou paroxystique, description de l’odeur, facteurs déclenchants, médicaments, antécédents d’infection récente ou de traumatisme crânien.
- Examen clinique général et ORL : inspection du nez, rinoscopie ou endoscopie nasale pour rechercher polypes, sécrétions, signes d’infection ou de rhinite chronique.
- Tests olfactifs simples en consultation ou tests standardisés lorsqu’ils sont disponibles pour quantifier la perte olfactive.
- Si suspicion d’atteinte sinusienne : traitement médical (corticoïdes nasaux, éventuellement antibiotiques si surinfection bactérienne) et réévaluation dans quelques semaines.
- Si signes neurologiques, crises ou persistance inexpliquée : imagerie cérébrale (IRM avec séquences ciblées sur les voies olfactives et le lobe temporal) et parfois électroencéphalogramme (EEG).
- Référence à un spécialiste (ORL, neurologue ou centre de troubles de l’odorat) selon les résultats.
Options de traitement
Le traitement dépend de la cause identifiée. Plusieurs approches peuvent être proposées :
- Phantosmie post-virale : la rééducation olfactive est une méthode non invasive recommandée. Elle consiste en des séances régulières d’exposition volontaire à quatre odeurs distinctes (par exemple rose, citron, eucalyptol, clou de girofle) pendant plusieurs mois pour stimuler la récupération neuronale.
- Traitement de la sinusite ou de la rhinite : corticoïdes nasaux, lavages nasaux salins, antibiotiques si nécessaire, et chirurgie endoscopique en cas de polypes obstructifs rebelles au traitement médical.
- Si médicament suspecté : adaptation thérapeutique ou changement de traitement en concertation avec le prescripteur.
- En cas d’épilepsie : prise en charge neurologique par traitement antiépileptique si l’EEG et l’évaluation clinique le confirment.
- Cause tumorale : prise en charge multidisciplinaire selon la nature et la localisation (chirurgie, radiothérapie, chimiothérapie).
- Accompagnement psychologique : utile quand les phantosmies sont source importante d’anxiété ou de détresse.
Conseils pratiques et message pour le médecin
Notez la date d’apparition, la régularité et la description précise de l’odeur, ainsi que la présence d’autres symptômes (céphalées, troubles neurologiques, antécédents d’infection ou traumatisme). Une phrase concise à dire au médecin : « J’ai depuis X jours/semaines des odeurs fantômes de brûlé (ou autre) sans obstruction nasale, et j’ai aussi remarqué [céphalées, vertiges, crises, perte d’odorat, ou antécédent d’infection récente]. » Cela aide à orienter l’examen et les examens complémentaires.
Pronostic et durée
Le pronostic dépend de la cause. Beaucoup de phantosmies post-infectieuses s’améliorent progressivement sur quelques semaines à plusieurs mois, parfois grâce à la rééducation olfactive. Les causes chroniques ou structurelles peuvent nécessiter une prise en charge plus prolongée. Les tumeurs et les épilepsies focales sont plus rares mais doivent être recherchées devant des signes évocateurs.
Quand consulter en urgence ?
Consultez immédiatement ou rendez-vous aux urgences si les phantosmies s’accompagnent de crises convulsives, perte de conscience, déficit moteur unilatéral, trouble aigu de la parole ou de la vision, ou céphalées intenses et persistantes avec vomissements.
Message rassurant
La grande majorité des personnes présentant des odeurs fantômes n’ont pas de tumeur. Les causes post-infectieuses et naso-sinusiennes sont beaucoup plus fréquentes. Toutefois, si le symptôme persiste, s’aggrave ou s’accompagne d’autres signes neurologiques, une exploration est justifiée pour éliminer les causes rares mais sérieuses. Une évaluation médicale adaptée permet souvent de réduire l’anxiété et d’orienter une prise en charge efficace.
